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TEMOIGNAGE D'UN BENEVOLE

  Zahra - LA CLE

Et puis arriva le jour.  Celui de la rencontre avec celle à qui je devais transmettre un « savoir », MON savoir ! Quelle aventure !

ZAHRA ! Petite femme toute timide, toute prête à étudier. On s’est serré la main, hésité entre le « TU » et le « VOUS », assis l’un en face de l’autre. Elle a ouvert son « cartable » et comme une bonne élève bien « élevée », elle a attendu que je commence. Et j’ai tout de suite vu ce qui n’allait pas ! Zahra confondait parfois les « e » avec les « i » et les « en » avec les « on ». Super, j’allais vite régler cet infime détail !

 Quinze  ans de formation derrière moi, la tâche serait facile et la prochaine fois, je passerais aux choses sérieuses. Mais au bout de 20 minutes, elle confondait toujours les « e » avec les « i » les « en » avec les « on ». Et pourtant, elle en faisait des efforts Zahra. Elle était concentrée, opinant  de la tête à mes propos comme pour mieux me faire comprendre qu’elle avait compris, mais « cerise » restait « cirise » et « éléphant » un « éléphont ». A la fin de ce que j’ai honte d’appeler « un cours », je m’en inquiétai auprès de Houria mon premier contact avec LA CLE.

La réponse tomba, lapidaire : « André, elle est née au Maghreb, c’est une culture, il te faudra deux ans ! ». Paf ! Mes certitudes sur mon talent étaient par terre, et cette petite gifle sur peut-être un peu d’orgueil, de suffisance me fit grand bien. A cet instant me revint en mémoire ma scolarité, un peu pas bonne, mais je rendais mes profs responsables.

Alors, j’ai appréhendé ma « mission » de façon différente. Houria avait raison ! C’est sûr, on avait le temps de mettre et surtout de donner sens à ce que l’on fait, à ce que l’on apprend. Peut-être que c’était le principal ! Celui de faire connaissance, de s’apprécier, de se comprendre et de se rendre fier d’échanger nos connaissances pour les enrichir, pas seulement en mettant un cahier et un livre entre nous.

Alors, on a consacré le début de notre heure et demie de travail à parler de tout mais jamais de rien : nos enfants, nos petits-enfants, échange de photos, recettes de cuisine, Sarkozy, Mélenchon, la télé, nos soucis, nos tracas, la beauté de l’Algérie, la vie au Maroc, sans jamais oublier de rire des futilités : les jeunes d’aujourd’hui, l’éducation…ah l’éducation des jeunes !

Et pendant ces instants privilégiés, un observateur discret aurait bien été incapable de dire qui était l’apprenant de l’autre. Je suis toujours resté admiratif de l’étendue et de la richesse de son vocabulaire.

Et puis, comme un rituel, Zahra ouvrait son cartable et nous corrigions les travaux qu’elle avait réalisés.

J’ai tâtonné quelques temps, je ne trouvais pas de supports pédagogiques qui lui plaisent complètement, et pourtant ce n’est pas ce qui manque à LA CLE.

Enfin, nous avons trouvé le bon outil, le sien, à elle, qu’elle peut emmener chez elle, pour faire ses « devoirs ». Pas trop compliqué pour ne pas la décourager, pas infantilisant pour ne pas qu’elle soit gênée ou humiliée dans sa famille. Et nous articulions le reste du temps à la relecture des textes qu’elle avait travaillés chez elle.

Zahra est une chance pour un bénévole. Elle travaille bien et beaucoup plus que ce que je lui demandais. Les choses cheminent clairement dans son esprit et, en grammaire par exemple, elle va de plus en plus  souvent chercher et trouver les réponses à ses questions dans l’énoncé de la leçon. Le verbe être, le verbe avoir, ceux en ER, au présent, à l’imparfait, au futur étaient dans notre « chantier » actuel. Nous en sommes au stade des petites dictées préparées. Elle lit bien, à condition qu’elle accepte de bien prendre son temps.

Et voilà, cette aventure que j’aurais tellement voulu poursuivre chez vous, avec elle et avec vous à LA CLE se termine.

J’ai beaucoup appris au contact de tous et je sais que j’en commencerai  une autre ailleurs, le plus rapidement possible. Mais, quand on tourne une page aussi agréable et aussi riche que celle que vous m’avez permis de lire, on espère,  sans y croire beaucoup, que la prochaine sera mieux encore. On verra si l’avenir améliore mes doutes.

 

André C.

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